Culture et identité

Nous travaillons à proximité de questions d’anthropologues : Qu’est-ce que la culture ? Et que sont les cultures particulières ?

Freud a proposé une notion, celle de Kulturarbeit (de « travail de la culture » ) dans sa 31ème de ses nouvelles conférences sur la psychanalyse. Selon Nathalie Zaltzman, la Kulturarbeit désigne ce qui s’élabore subjectivement mais qui ne meurt pas avec le Je et se transmet (dans De la guérison psychanalytique).

Mohammed Ham est l’auteur de L’immigré et l’autochtone face à leur exil, cultures d’exclusions et savoirs hors sujet (Presses Universitaires de Grenoble, 2003). Il pose dès son introduction quelques balises d’ordre épistémologique et qui présentent pour notre séminaire un intérêt. Je cite quelques passages, découpés de son texte, et j’invite à mesure la résonnance que l’on peut trouver avec Nathalie Zaltzman (et tout particulièrement le lien entre culture et mort ou survie du sujet).

« Qu’il s’agisse d’une recherche universitaire publique et dite scientifique, dans l’intimité d’un laboratoire ou oeuvrant dans le lien social, voire intimement ontologique, liée à une maladie, une souffrance, le déterminisme causaliste du pourquoi est consusbstantiel, dans le langage, à l’engendrement de son parce que. Il s’agit de trouver la cause. « Cause et accusation ont une même étymologie » nous rappelle Roland Gori. » (p. 8)

« La culture ne peut être une pure livraison ou transmission, elle est accueillie par les sens, recueillie dans une langue et modelée par « la machine à signifier » (Gori, 1978) du sujet. En ce sens je préférerai ici, à défaut de mieux, la terminologier de production culturelle à l’appréhension statique, voire animiste, de la notion de culture telle que l’école culturaliste, dans un effort ultime, définit comme « ce qui reste quand on a tout oublié » . » (p. 9)

« L’énigme de la notion de culture s’apparente à celle de la mort. (Freud a localisé l’essence de la culture dans le mythique meurtre du père et l’interdit de l’inceste.) Peut-être n’y a-t-il rien à en dire ? En parler conduirait au piège du postulat de son existence. Le mot culture est indéfinissable dans le sens d’un signifiant qui autoriserait son usage en tant que concept opératoire, alors que « les productions culturelles (ne) sont analysables (qu’) en prenant en compte le statut de la parole dans l’économie pulsionnelle » (Gori). Culture et parole s’agencent dans cette assertion problématique où la première ne se dévoile que révélée par la seconde. » (p. 9-10)

« Que le lecteur voie et entende dans ce travail une analyse qui s’attache essentiellement à déloger la psychologie clinique « de ce besoin de causalité immanent de l’homme » (Tausk, 1919) et du causalisme ambiant, quel que soit le champ de pratiquet et de recherche dans lequel oeuvrent les psychologues cliniciens » (p. 11)

A prendre très au sérieux les réflexions de Mohammed Ham, notre séminaire ne peut pas être un séminaire qui saurait dire et enseigner le fin mot sur la culture (et l’interculturalité, et le contact interculturel, etc.) car il donnerait corps à toute sorte d’illusions psychologisantes. Notre séminaire est une production culturelle, interculturelle, si vous voulez ; notre séminaire travaille (dans) la culture.


Culture et identité

Je vais manipuler un moment les grandes notions qui habitent le titre de notre séminaire (construction identitaire et contact interculturel) sans trop me soucier de savoir si ces notions ont quelque utilité pour la recherche en clinique interculturelle.

La culture

  • Selon les étymologistes, l’idée de culture s’enracine dans l’indo-européen *kol qui signifie tourner, retourner la terre. De cette racine, vient aussi le mot cou (axe de la rotation de la tête) mais aussi le mot colon.
  • Dans nos sociétés de langues romanes, l’idée de culture s’articule différentiellement avec celle de nature. Pierre Legendre (cf. son Tour du monde des concepts) montre que dans d’autres aires culturelles, l’opposition culture/nature ne se pose pas de la même façon, voire ne se pose pas du tout.
  • Winnicott situe l’expérience culturelle dans l’espace potentiel : c’est-à-dire dans un lieu psychique qui ne serait ni dedans, ni dehors, et qui serait soutenu par l’objet transitionnel. (On peut se figurer ce ni-dedans-ni-dehors en imaginant la bouteille de Klein dont l’intérieur et l’extérieur sont dans le prolongement l’un de l’autre.)

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L’identité

  • L’identité renvoie à l’idée de similarité, de même. Etymologiquement, le mot vient du latin idem et s’est d’ailleurs écrit en ancien français ydemtité. L’identité se trouve ainsi occuper l’un des pôles de la dialectique du Même et de l’Autre.
  • Il convient de prendre acte du fait que l’identité n’est pas à proprement parler un concept de la psychanalyse, contrairement au concept d’identification qui a fait l’objet d’une théorisation spécifique. L’accent est ainsi mis sur le processus.
  • En première approximation, on pourra considérer que l’identité est une représentation imaginaire de soi ayant une certaine stabilité dans le temps.
  • Pour approfondir, on pourra lire mon texte sur l’identité dédialectisée.

 


La réflexivité en sciences humaines

Par « réflexivité » , j’entends que quelque chose de l’objet de recherche vient se réfléchir dans le processus de la recherche lui-même. D’où, le chercheur est invité à porter son attention non seulement sur la parole des personnes qu’il écoute mais aussi sur la façon qu’il a de penser cette parole et d’en faire l’objet d’une théorisation.

La discussion tire bénéfice d’un article de Patrick Denoux : le contact culturel dans les procédures de recherche. En particulier, les extraits suivants :

« Il ne s’agit plus d’identifier les connotations culturelles d’une production interculturelle, pour l’y réduire, mais de comprendre la consistance originale de ces mêmes productions. La question n’est plus de rechercher l’antécédence culturelle d’une réalité interculturelle mais de comprendre la conséquence interculturelle du contact culturel. […] L’équilibre ou déséquilibre interculturel original de l’enfant est le point focal à partir duquel le chercheur doit regarder et analyser les positionnements culturels. »

« L’identification des cultures les plus importantes pour le sujet doit conduire à dépasser la stricte vision culturaliste l’identifiant à sa ou ses cultures, pour parvenir à une définition du rapport qu’il entretient avec chacune d’elle et qu’il construit entre elles. »

« La Culture Contact Psychology s’attache d’abord à comprendre l’interculturalité produite à travers l’élaboration psychique du contact, certes en s’appuyant sur les appartenances d’un sujet mais surtout sur la distance prise par rapport à elles, comme condition de production d’interculturalité. »

« L’identité de nature du chercheur et de l’objet de recherche que nous observons dans les sciences humaines a aussi quelques conséquences particulières en psychologie interculturelle. Elle signifie précisément l’identité de nature de l’objet comme produit d’un contact culture avec le chercheur confronté à différentes cultures, dans une relation à l’ojet de recherche comme contact culturel. Ce qui, par réflexivité, indique que, en psychologie du contact culturel, les résultats de toute recherche sur le contact culturel peuvent être appliqués à la procédure de recherche elle-même en tant que contact culturel. »